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novembre 2007
Contexte du pays
L'avenir de la Côte d'Ivoire demeure incertain comme l'indiquent le processus de paix fragile et des élections présidentielles toujours hypothétiques après la signature de l'accord de cessez-le-feu en 2003. Immédiatement après la signature des accords de Ouagadougou en mars, tous les espoirs étaient permis. Cependant, la lente application des accords remet en cause les conditions nécessaires pour la tenue d'élections nationales et une paix durable. Le Président Gbagbo a annoncé son intention d'organiser des élections présidentielles transparentes d'ici octobre 2008, ce qui est en contradiction avec ses déclarations précédentes fixant la tenue d'élections à la fin octobre 2007 au plus tard. Les progrès timides sur les accords ont fini par conduire à la tenue le 3 septembre dans la capitale du Burkina Faso, d'une réunion entre Gbagbo et le premier ministre Guillaume Soro pour relancer le processus. Il y fut décidé notamment de relancer officiellement les audiences foraines le 25 septembre 2007. Une identification complète des électeurs est un pas important dans la réunification du pays et doit être accompagnée du désarmement effectif des forces armées et des milices ainsi que de la remise sur pied de l'administration de l'Etat dans le nord du pays afin d'éviter le risque permanent de retour à la violence.
Le leadership des femmes et la voie vers la paix dans la région
Le chemin vers la réconciliation et en définitive, des élections démocratiques a été récemment observé en Sierra Leone et au Libéria, deux pays voisins de la Côte d'Ivoire, qui constituent ainsi un exemple pour l'ensemble de la région. Dans les deux pays, des mouvements de femmes naissants ont profité de la fin de conflits violents pour jouer un rôle de premier plan dans le processus de paix.
En Sierra Leone, ce sont les femmes qui, lasses de voir le conflit s'éterniser au fil des années et d'assister à la destruction de leurs familles, ont été les moteurs du renversement des militaires en 2002. Depuis la fin de la guerre, les femmes se sont organisées et sont devenues une vraie force politique. Elles occupent à présent 16 sièges au parlement et disposent de trois portefeuilles ministériels au sein gouvernement récemment élu dont celui des affaires étrangères. Les femmes ont aussi joué un rôle important dans l'organisation des élections de 2007 avec notamment, et non des moindres, Christiana Thorpe, la présidente de la Commission Electorale Nationale. La présidente du Libéria Ellen Johnson Sirleaf constitue un exemple sans précédent de l'action des femmes dans le retour à la paix et le processus électoral dans le Libéria d'après-guerre. Son élection a été possible par la présence d'un mouvement de femmes pour la paix qui s'est développé lors des pires années du conflit et a été déterminant pour le soutien à la démocratie et le succès des élections de 2005.
Le conflit et son escalade n'ont point connu de frontières pour ces trois voisins, la violence dans un pays ayant pour effet de déstabiliser les autres. En octobre dernier, SFCG s'est appuyé sur les enseignements tirés d'actions d'envergure accomplies par les femmes en Sierra Leone et au Libéria en guise d'exemple et de catalyseur pour un leadership des femmes en faveur de la paix et des élections en Côte d'Ivoire.
Les Symposiums sur le Leadership des Femmes de SFCG (consistant en deux rencontres régionales et une nationale), ont rassemblé des femmes leaders de Côte d'Ivoire de tous horizons politiques, ethniques et culturels ainsi que des femmes venues de Sierra Leone et du Libéria afin d'échanger des expériences et définir des stratégies de collaboration en matière de leadership féminin.
Guiglo et Bouaké—Construire une solidarité régionale pour un engagement national
"Nous devons ouvrir le débat pour montrer aux autres femmes que nous devons être à l'écoute les unes des autres, que nous devons penser ivoirien avant de penser en termes d'ethnie. " - Une participant au symposium de Guiglo
Petit groupe de discussion à Bouaké
SFCG a organisé deux forums régionaux entre le 15 et le 19 octobre: un à Guiglo dans l'ouest du pays et un autre à Bouaké, la capitale de la partie nord qui ont rassemblé en tout 137 femmes de toutes les tendances politiques, confessions religieuses et ethnies de Côte d'Ivoire. Ces deux régions ont vécu la guerre en Côte d'Ivoire de façon très différente. En revanche, dans les deux localités, la nécessité pour les femmes de surmonter leurs divisions pour être à la tête d'un mouvement qui permettra de panser les plaies de la Côte d'Ivoire en tant que nation a été soulignée.
A Guiglo, les femmes et les hommes présents ont parlé avec franchise de l'exclusion et du conflit entre les prétendus étrangers et les autochtones de la région qui a fait couler tant de sang et occasionné tant de souffrances ces dernières années. Le symposium a offert une occasion unique aux différentes communautés de cette région de se pencher sur ces événements comme autant d'obstacles pour la participation des femmes à la prise de décision au niveau local. La guerre a profondément divisé les communautés et les femmes n'ont pas été à l'abri de ces divisions. Les groupes représentés au symposium étaient presque tous homogènes d'un point de vue ethnique. En se penchant sur leurs expériences pendant la guerre et en prenant part à des représentations de théâtre interactif illustrant les défis rencontrés, un sentiment commun d'unité a pris corps au sein des participants. Beaucoup avaient vécu une expérience similaire en tant que femme victime de la guerre et partageaient le même sentiment et espoir de voir leur pays sortir de la violence. Ainsi qu'un participant l'a résumé: "Au niveau même des communautés il n'y a pas d'entente. Il faut que les femmes surmontent leurs divergences idéologiques et politiques car ce sont elles qui ont le plus souffert de la guerre." La rencontre conclut que la seule manière de mettre fin aux souffrances endurées par les femmes et leurs familles serait de parvenir à enfin travailler ensemble.
"Le Tribalisme, l'extorsion, la frustration, la xénophobie et l'exclusion sont les causes de la guerre en Côte d'Ivoire. Avant la guerre, ceux qui avaient des patronymes dioulas par exemple n'étaient pas considérés comme Ivoiriens; ils étaient traité d'étrangers et ne pouvaient pas avoir de papiers d'identité en Côte d'Ivoire. Moi, mon grans-père est sénégalais. Il s'est marié avec une Baoulé et mon père aussi a épousé une Baoulé. Que suis-je donc? Ivoirienne!"
- Une participante au symposium régional de Bouaké
Au symposium de Bouaké, un sentiment similaire a très vite émergé, d'autant plus qu'il s'agissait de la première occasion depuis la crise pour les participants de se rencontrer, de surmonter leurs différences politiques, religieuses et ethniques et de parler publiquement de leurs souffrances. La guerre a créé une scission réelle entre les groupes ethniques et politiques de la région et selon certains, les divisions à caractère ethnique et identitaire sont plus importantes à Bouaké que dans n'importe quelle autre région de Côte d'Ivoire. Les participants ont souligné qu'ils serraient pour la première fois depuis que le début de la guerre la main de membres de partis opposés et ce bien qu'ils résidaient dans le même quartier. La peur et la méfiance qui a prévalu au début du symposium étaient donc normales en raison des circonstances. A mesure que les participants évoquaient leurs expériences, la crainte et la méfiance se dissipaient. La présidente de l'ONG Avomca qui était présente à la rencontre, a expliqué comment elle avait dû fuir Bouaké à pied dans une tentative désespérée de protéger les huit enfants à sa charge. Une autre femme a raconté comment sa terre et ses moyens de subsistance avaient été confisqués sans compensation par les soldats pendant la guerre. Ainsi qu'à Guiglo, le partage de leurs expériences durant le conflit a permis aux femmes des groupes divisés de se rassembler. Dans les deux localités les participants ont élaboré des plans d'action destinés à faire face aux antagonismes et aux discriminations entre les groupes, comme par exemple la création de groupes sur les droits des femmes pluriethniques et multiculturels.
Les témoignages des Femmes de Sierra Leone et du Libéria
Etweda Sugars Cooper et Regina Jarpee, deux participantes libériennes ainsi que Kadiatu Sesay et Olaboni Coker, deux femmes originaires de Sierra Leone, ont fortement marqué les deux symposiums par leur présence et leurs témoignages de femmes sur le calvaire de la guerre et les chemins qui les ont amenées à devenir des personnalités importantes dans leur pays respectifs. Replaçant leurs réalisations dans le contexte récent d'avant-guerre où les femmes de leurs pays n'étaient pas organisées et étaient traditionnellement confinées à des tâches domestiques, elles ont expliqué que la guerre avait changé beaucoup de choses pour les femmes. Toutefois, ainsi qu'en Côte d'Ivoire, les femmes et leurs familles avaient subi maintes injustices et humiliations et s'étaient engagées activement en faveur de la paix et sur le plan politique avec la fin de la guerre.
Les intervenantes ont présenté l'évolution de leurs mouvements et les stratégies employées pour accroître le leadership féminin, défendre les droits des femmes et s'élever contre la violence à leur égard. La manière dont ces femmes ont pu aplanir leurs différences pour créer des organisations pluriethniques et jouer un rôle important dans les élections les plus récentes dans ces deux pays a particulièrement retenu l'attention des participants.
Etweda Cooper a fondé l'Initiative des Femmes Libériennes (LWI) en 1994. A cette époque elle était une figure importante de la société libérienne naissante qui souhaitait déjà mettre fin à 5 années de guerre civile. Cooper a ortganisé des manifestations et des sit-ins contre le sang versé dans le pays et s'est exprimée lors des interminables pourparlers de paix avec les dirigeants des groupes armés. La LWI a continuellement défendu sa mission de "désarmer d'abord, organiser des élections ensuite" et dès 2005, les deux se sont produits.. En 2006, Etweda a reçu le prix "1325" à Lahaye pour son action en faveur de la participation des femmes à la paix et de leur rôle dans la prise de décision.
Le Symposium National
Un semaine après le symposium de Bouaké, 67 femmes leaders, parmi lesquelles des participantes aux symposiums régionaux ainsi que des femmes et des hommes originaires d'Abidjan appartenant à tous les partis politiques importants de Côte d'Ivoire, ont discuté pour la première fois depuis la fin de la crise de problèmes importants avec des interlocuteurs des régions rurales et en particulier avec des femmes appartenant aux Forces Nouvelles. Ce rapprochement fut salué à maintes reprises au cours de la rencontre car il représente une étape importante pour faire tomber la méfiance et les préjugés qui s'étaient installés après tant d'années.
Participants au symposium national
Le symposium national a également permis aux femmes de l'intérieur et à celles d'Abidjan de surmonter leurs divisions. Les femmes influentes au niveau national nourrissent leurs propres préjugés vis-à-vis des femmes des zones plus rurales de Côte d'Ivoire qu'elles considèrent comme incultes. Les femmes de Guiglo et Bouaké estiment à leur tour que les leaders féminins au niveau national imposent leurs vues dans les décisions du pays sans consulter les femmes de l'intérieur. Les deux opinions se sont vite transformées lorsque les représentantes des symposiums régionaux ont fait forte impression sur le groupe par leur analyse pointue des problèmes et leurs plans d'action. Les deux groupes ont identifié en outre les domaines dans lesquels ils pourraient développer un véritable plan d'action national.
A l'issue des deux journées du symposium, les participants ont formulé les changements qu'ils aimeraient effectuer et les stratégies nécessaires pour y arriver. Les participants ont convenu des changements suivants:
- Afin d'améliorer l'éducation des femmes et des jeunes filles, une campagne d'alphabétisation de grande envergure est requise ainsi qu'un plaidoyer en faveur de l'adoption de la loi rendant obligatoire la scolarisation de la jeune fille.
- Combattre la pauvreté est l'un des objectifs que les femmes se sont assignées notamment par la création d'Activités Génération de Revenus.
- Dans le même temps, les femmes peuvent devenir une vraie force politique. Il devrait y avoir en Côte d'Ivoire une proportion plus élevée de femmes à des postes de décision.
Dans l'ensemble, le symposium a représenté une autre activité clé au sein de la stratégie régionale de SFCG en Afrique de l'Ouest qui place le leadership des femmes au coeur de ses priorités. Cette stratégie vise à se saisir d'événements ou d'exemples comme l'élection de la première femme présidente du Libéria pour remettre en cause les stéréotypes et accroître les attentes sur le rôle des femmes.
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